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MESURES BEAUCOUP MOINS STRICTES DANS CERTAINS CAS PENDANT LA DEUXIÈME VAGUE

Beaucoup de patients sont morts seuls au printemps dernier, au plus fort de la crise. Cette fois-ci, François Legault, premier ministre du Québec, n'entend pas que la deuxième vague de la pandémie empêche des proches d'être au chevet d'une personne en fin de vie. Bien sûr, des consignes seront mises en vigueur afin d'assurer la sécurité de tous et chacun. « On le sait que ç’a été difficile lors de la première vague », a précisé une source gouvernementale. Il faut faire preuve d'humanité en ce contexte particulier et en même temps, délicat.

Selon les informations obtenues par La Presse, le ministère de la Santé et des Services sociaux sera moins strict afin de favoriser la présence des personnes significatives auprès de patients en soins palliatifs et de fin de vie, que ce soit en situation de mort imminente ou non. Ceci s'appliquera dans toutes les régions, peu importe le niveau d'alerte.

Avis de médecins

Dre Louise La Fontaine, présidente de l’Association québécoise de soins palliatifs, affirme ceci : « Les mesures de prévention, elles sont excellentes. Alors si on accompagne bien les gens, c’est faisable. Je ne dis pas "bar ouvert", mais pour les personnes plus significatives, oui. »

En ce moment, seulement une ou deux personnes à la fois, pour un maximum de quatre, par tranche de 24 heures, peuvent rendre visite à un patient qui reçoit des soins de fin de vie. Un accompagnement individualisé du visiteur doit être assuré par un membre du personnel. Ces assouplissements ont été apportés en juin dernier en raison de l’évolution favorable de la COVID-19.

Il y aurait cependant plusieurs interprétations quant aux mesures, selon la Dre La Fontaine. Il existerait des endroits beaucoup plus stricts que d'autres. Il faut absolument que le gouvernement arrive à implanter quelque chose de flexible afin de pouvoir s'ajuster selon les besoins. Elle exprime d'ailleurs que les règles pourraient être plus précises et mieux communiquées. « Je pense qu’il y a moyen de reformater tout ça en mettant l’accent sur l’humanité », ajoute-t-elle.

D'après le Dr François Piuze, qui oeuvre en soins palliatifs à l’hôpital Jeffrey Hale à Québec, il faut vraiment trouver cet équilibre entre la sécurité et l'humanité, car on ne meurt qu'une seule fois. « Si tu n’es pas capable d’avoir tous tes enfants autour de toi parce que ça fait plus que quatre, bien quand je fais la balance de ce que ça va apporter à cette famille-là par rapport au risque augmenté d’avoir une ou deux personnes de plus pendant une heure… Bien, il faut savoir se servir de notre jugement », poursuit-il.

Les futures mesures seront de privilégier le cas par cas par le jugement des professionnels. On se doit de jouer de prudence et il n'est pas question de relâcher complètement les vannes. Étant donné que nous connaissons un peu plus le virus, cette façon de faire permettra une meilleure marge de manoeuvre. Les équipements ne sont pas manquants, donc il n'y aura aucun problème à l'accueil des proches durant la deuxième vague. La nouvelle directive est actuellement en préparation et devrait être lancée d’ici les prochains jours, selon nos informations.

Il est important de préciser que pour un patient en fin de vie, aussi en CHSLD, l’accès aux proches doit toujours être permis pour des motifs humanitaires.

Pour ce qui est du Dre Joanne Liu, ex-présidente de Médecins sans frontières, elle affirme : « Je n’en démords pas : je crois que c’est important de garder la présence des gens qu’on aime autour de nous lorsqu’on est en parcours de fin de vie. C’est important pour la personne qui meurt et c’est important pour ceux qui restent. »

Celle-ci espère que les autorités ont profité de l'accalmie pour instaurer des plans de contingence et pour clarifier leurs protocoles. Dans l'Afrique de l'Ouest, précise-t-elle, où il y a eu l'Ebola, alors que le taux de mortalité si on l’attrape est de 65 %, on a réussi à former des familles sur le port de protection individuelle afin qu’ils visitent leur proche.

Le Dr David Lussier, de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, pour sa part, a témoigné ceci : « Il y a vraiment un désir profond de ne pas revenir à ça […], à une fermeture complète des visites. Tout le monde a trouvé ça difficile, le personnel aussi […], je pense que maintenant, on est beaucoup mieux préparés. »

Le Dr Piuze, quant à lui, abonde dans le même sens : « Je pense qu’on a appris de la première vague. On ne connaissait pas ça et le réflexe a été de se mettre en mode très défensif. Je pense que les décideurs ont réalisé que le prix à payer était trop cher pour les patients et les familles. Je ne pense pas qu’on va retourner vers une coupure complète. »

La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a assuré qu’avec le plan d’action pour la deuxième vague, le gouvernement s’est donné les moyens nécessaires afin que les proches aidants puissent visiter leur proche et leur offrir de l’aide et du soutien. Nous espérons que tout se passera sans heurts!

Les familles

Voici l'histoire de Marie-Hélène : Âgé de 89 ans, le père de Marie-Hélène, qui souffrait d’alzheimer, a été emporté par la COVID-19 le 2 mai. Le 29 avril, elle a été informée qu’il avait contracté le virus. Le 30 avril, c’est silence radio. Le 1er, on lui dit qu’il ne va pas bien. Le lendemain, on lui apprend qu’il est mort.

« On a vécu l’angoisse pendant 50 jours. Du 13 mars au 2 mai, ç’a été l’horreur. C’est comme quelqu’un qui est porté disparu. On n’a pas vu le corps, il n’y a rien de normal. […] On ne sait pas ce qui s’est passé avant. Ce que j’aurais aimé me faire dire, c’est qu’il y avait quelqu’un avec lui. Là, on ne sait rien de ça. » Cette dame ne pouvait pas savoir qu'en vérité, sa dernière visite datant du 11 mars serait la dernière.

Celle-ci ne veut pas être identifiée, car elle et sa famille ne veulent pas partager publiquement leur deuil, mais elle voulait, par cette occasion, en profiter pour dire au gouvernement du Québec qu'ils ont atrocement souffert du manque de communication durant toute la durée de cette première crise. Elle affirme d'ailleurs que les familles devraient être informées au moins une fois par semaine de la situation et de leur offrir la possibilité de faire un appel Facetime. Même d'avoir des photos seraient rassurant pour elles.

Marie-Hélène n’a pas encore célébré les funérailles de son père. Ce serait prévu pour l'automne. C'est beaucoup d'ajustement à cause de cette pandémie, affirme la dame, qui chemine pas à pas dans le processus de deuil. « Ça ne fait pas tellement longtemps que je suis capable d’en parler sans être trop émotive. Mais il faut que je continue, mon père m’a enseigné à être forte. Je vais être courageuse aussi pour mes proches. »

Demandes d'aide

Mélanie Vachon, professeure au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal, affirme qu'on dénombre des milliers de familles endeuillées par la perte d’un proche pendant la pandémie. Au Québec, au moins 4900 aînés sont morts de la COVID-19 dans un CHSLD ou une résidence pour personnes âgées. Plusieurs victimes avaient interdiction de visites et de proches aidants, donc ils sont morts seuls.

Elle a donc lancé l’initiative virtuelle « J’accompagne COVID-19 » pour briser l’isolement et offrir un espace de partage. Parce que oui, le besoin est là! La preuve : le programme spécial pour soutenir les personnes endeuillées durant la COVID-19, lancé par le gouvernement en avril, a été si populaire que Québec n’est pas fermé à le redémarrer, a-t-on indiqué à La Presse.



Il existe aussi une aide : la ligne téléphone « Tel-Écoute–Ligne Le Deuil ». Celle-ci a notamment connu une hausse de 105 % du nombre d’appels pendant la durée du programme, du 30 avril au 30 juin, avec un volume de 369 appels, comparativement à 180 pour la même période en 2019. Près de 97 % des appels reçus étaient relatifs à la pandémie.

Un autre organisme, « Deuil-Jeunesse » a, lui aussi, répondu à 351 appels en 2020, comparativement à 208 en 2019. La durée moyenne des appels a augmenté de 180 % en passant de 15 à 42 minutes, ce qui dénote une complexification du vécu du deuil dans le contexte de la COVID, a-t-on indiqué au ministère de la Santé et des Services sociaux. Ce programme permet de donner jusqu'à trois séances gratuites de consultations. Il a ouvert 114 dossiers pour des consultations individuelles, contre 57 en 2019 et quatre dossiers pour des rencontres familiales, contre aucun en 2019. Ça veut tout dire!

Si un de vos proches est décédé de la COVID-19 et que vous avez besoin de parler, n'hésitez pas à contacter ces organismes. Ils sont là pour vous aider!

Crédit : La Presse
JOSÉE MAHEUX
23 SEPTEMBRE 2020  (11H45)
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