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UN PASTEUR ET SA FEMME ONT MARTYRISÉ LEURS ENFANTS PENDANT 25 ANS

Le pasteur Mario Monette et sa femme Carole Van Houtte Monette ont martyrisé leurs huit enfants pendant 25 ans. Ils leur ont fait vivre un enfer sur terre. Ceux-ci ont été frappés quotidiennement et un de leurs fils a été enfermé dans le garage pendant des mois. C'est de la cruauté pure et ce n'est pas tout! Ce pasteur a encouragé ses propres fidèles à corriger leurs enfants. Il prétextait que c'était la volonté de Dieu. La Couronne demande une peine sévère pour dénoncer la gravité des sévices et inciter les victimes à briser le silence.

Me Julie Laborde, procureure de la Couronne, a défendu lundi, au palais de justice de Longueuil : « Encore récemment dans les médias, on constate qu’à tous les jours, des enfants sont victimes de sévices. Ces crimes sont commis en silence, à l’abri des regards. La seule façon que la société a de les protéger, c’est de dénoncer. » Elle a aussi ajouté : « Les enfants étaient sur le qui-vive. Chaque jour, des corrections étaient données, mais on ne savait pas sur qui. »

Mario Monette est devenu pasteur à l’Église biblique baptiste métropolitaine Sud en 1982, sur la Rive-Sud de Montréal. Quand il prêchait, il encourageait ses disciples à punir leurs enfants avec une verge en vertu de ses enseignements bibliques. Le pasteur les endoctrinait par l’exemple en corrigeant régulièrement ses propres enfants dans ce qu’il qualifiait de méthode éducative.

En réalité, M. Monette avait instauré un véritable climat de terreur chez lui. Les enfants recevaient de cinq à dix coups sur les fesses, selon leur âge, pour la moindre infraction à ses règles très sévères. Les morceaux de bois utilisés pour sévir (on parle ici d'une cuillère de bois ou d'un bâton de peinture) mesuraient jusqu’à 24 pouces de long. De plus, si les enfants désobéissaient à l’église, les châtiments réservés étaient encore plus cruels. Ces enfants ont aussi goûté à des coups de baguette de store et de ceinture.

Les victimes, maintenant rendues à l'âge adulte, ont témoigné cet automne avoir reçu plusieurs dizaines, même plus d’une centaine de coups, à plusieurs occasions. Ils se remémorent une fois où Carole Van Houtte Monette a battu à tour de rôle cinq de ses enfants, alors âgés de 5 à 15 ans, afin de savoir qui avait brisé la friteuse. L'un des enfants a fini par prendre le blâme.

Le plus vieux des fils a été enfermé pendant des mois dans le garage et a même dénoncé la situation aux policiers, alors que certains autres enfants étaient mis au régime de pain et d’eau dans leur chambre. Les enfants portaient plusieurs couches de vêtements afin d'éviter la douleur, car souvent, le bâton avec lequel ils étaient battus se brisait tellement la force des coups était intense.

Séquelles physiques et psychologiques

Aux yeux de la procureure, les châtiments répétitifs et constants infligés par le couple Monette ont laissé de profondes séquelles physiques et psychologiques sur les victimes. « Ces enfants-là étaient pris sous le joug de leurs parents », déclare-t-elle. Certains de leurs enfants, maintenant âgés de 29 à 47 ans, ont témoigné pour la défense, dont le cadet, Matthieu Monette, battu jusqu’à l’âge de 12 ans.

Me Laborde réclame une peine sévère pour les accusés en raison de l’abus de confiance, de leur emprise sur les enfants et des conséquences désastreuses sur ceux-ci. D'ailleurs, elle affirme : « La peine doit souligner la grande vulnérabilité des enfants. Ils étaient isolés. À qui pouvaient-ils se confier à l’époque? » Le pire dans cette histoire est que même s'ils reconnaissent leur culpabilité, le couple Monette se dit convaincu d’avoir fait les bons choix! Ils se prétendent les victimes et d'avoir l'impression qu'on s'acharne sur eux.

La peine

Le ministère public réclame une peine de dix ans de pénitencier contre Mario Monette et de quatre à six ans pour sa femme Carole Van Houtte Monette, alors que la défense demande deux ans de détention dans la collectivité. Les accusés de 67 ans ont plaidé coupable à des accusations de voies de fait armées, de séquestration et de menaces en septembre dernier.

Pour sa part, Me Katherine Labelle, l’avocate de la défense, déclare : « C’était dans un but disciplinaire, mais la méthode était excessive. Je ne pense pas que le but était de blesser. » Elle milite donc pour une peine moins sévère.



Le collègue de Me Labelle, Me Mathieu Poissant, juge qu'une peine dans la collectivité serait suffisamment dissuasive, les accusés n’ayant aucun antécédent judiciaire.

Le juge Marc-Antoine Carette rendra sa décision le 17 février prochain.

Source : La Presse
JOSÉE MAHEUX
1 DÉCEMBRE 2020  (10H52)